
Regard sur l’état des réseaux de communications électroniques au Bénin
Dans ce contexte d’isolement de la population béninoise dû à la pandémie de COVID-19, les réseaux de communications électroniques s’avèrent être, parmi d’autres, un des secteurs sous tension résultant d’un accroissement massif des usages numériques : plus de temps passé au téléphone (nouvelles des proches, contacts des services d’urgence et médical), plus de temps passé sur les smartphones (réseaux sociaux, visioconférences professionnelles ou personnelles…).
Un décret en conseil des ministres au début de la crise aurait même dû être pris afin de mobiliser les acteurs concernés (opérateurs de télécommunications, FAI, ARCEP etc.) pour assurer et renforcer le fonctionnement des réseaux et services télécoms.
Avec du recul et sans lien avec l’actuelle crise sanitaire mondiale, il est à noter que l’état général des réseaux et services de communications électroniques au Bénin n’est malheureusement pas au niveau de ce qui se fait dans plusieurs pays de la sous-région ouest africaine, en se limitant modestement à cette échelle.
Mon observation tient surtout compte de toutes les ambitions grandioses, démesurées voire utopiques dans lesquelles les pouvoirs publics béninois se sont lancés dans un pays déficitaire en énergie électrique (oui numérique et énergie électrique vont de pair), où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté (moins de 1100 CFA par jour) et où le produit intérieur brut par habitant est de 60.000 CFA par mois !
Renouons avec les réalités locales et challengeons les fournisseurs des services de communication électronique pour une meilleure qualité au meilleur coût : là est le défi premier à relever.
Ensuite il faudra coûte que coûte désamorcer la profonde crise de confiance qui existe aujourd’hui entre les consommateurs béninois des services télécoms et les opérateurs. Cette relation provient malheureusement du fait que le consommateur pense payer cher un service qu’il a en retour médiocre et pire, estime ne pas être protégé par les pouvoirs publics. Cette compréhension du contexte doit entrer en compte dans une approche globale de réformes du secteur des TIC.
Au lieu de démultiplier ses missions, le gouvernement aurait pu se fixer un seul et unique objectif pour ce quinquennat, par exemple : une couverture mobile en 2G/3G(+) pour 99,99% de la population avec, un taux minimum de succès des appels/SMS de 90%, un bon débit de l’internet mobile (soit minimum 10Mbps), et le tout à un coup moyen mensuel deux fois moins cher que celui actuel, soit moins de 7500 CFA. Ce défi est possible et réalisable avec la mise à contribution de tous les acteurs dont l’État, qui en serait le booster. Une fois cet objectif suffisamment atteint, du fait des usages de plus en plus gourmands en capacité, l’évolution vers la « pleine » 4G voire la 5G serait naturelle pour les opérateurs télécoms.
De la question des réseaux GSM et de l’accès internet au Bénin
Dans les récentes sorties de la ministre du numérique et de la digitalisation, l’accent est plus mis sur l’internet mobile et le déploiement de la fibre optique. Ceci est bien mais il y a des services de bases, vitaux qui ne sont encore guère totalement assurés partout et pour tous au Bénin : les appels voix et les SMS.
Nous devons nous assurer que ces minimas soient garantis à tous et surtout à moindre coût. L’ARCEP à travers ses dernières décisions fixant les tarifs et les indicateurs de qualité de service des réseaux de communication, a posé un acte qui va dans le bon sens, encore qu’il faille que cela s’applique. Il est indéniable la nécessité d’un 3ème opérateur mobile, pour compléter la couverture mobile dans tout le Bénin et concurrencer les prix actuellement pratiqués sur le marché. Il ne s’agira pas de se « faire du fric », non ! mais de « casser » les prix pour rendre accessible ces minimas à tous. La Société Béninoise des Infrastructures Numériques (SBIN) née de Bénin Télécoms Services (BTS) et de Bénin Télécoms Infrastructures (BTI) a toutes les chances de parvenir à ce nivellement des prix par le bas aux vues des héritages technico-infrastructurels de BTI et de BTS.
Pour ce qui est de l’internet, ça devrait être le cœur de l’action du gouvernement sur le numérique ! La qualité de l’internet au Bénin n’est toujours pas au rendez-vous et les prix pratiqués sont largement beaucoup trop élevés contrairement aux propos de la ministre.
1Go d’internet au Bénin coute environ 6% du revenu national brut mensuel par habitant au Bénin, c’est-à-dire 6000 CFA en moyenne par mois !
D’autres pays à qui nous nous comparons souvent font beaucoup mieux comme le Nigéria, le Cameroun, le Cap-Vert, le Ghana, le Sénégal et même la Guinée sans oublier évidemment la Côte d’Ivoire. La SBIN a un énorme défi national à relever dans ce domaine et les investissements publics dans ce sens doivent être massifs et désintéressés.
Pour ce qui est du déploiement de la fibre optique, base de l’internet haut et très haut débit, d’importantes réalisations ont été accomplies par BTI depuis une dizaine d’années. Les efforts supplémentaires entrepris par le gouvernement actuel depuis 4 ans pour le déploiement et l’acheminement de la fibre optique jusqu’aux principaux points de redistribution sont louables. Cependant, 2 facteurs importants à mes yeux conditionneront le plein accès à l’internet haut débit et très haut débit aux usagers :
– Garantir la connectivité avec l’international avec les deux câbles sous-marins arrivant sur nos côtes à travers des datas center modernes et hautement équipés : très haute disponibilité (ressources et énergie), débit en Térabits et très haute sécurisation
– Libéraliser et accompagner le secteur de la fourniture de l’internet aux abonnés en encourageant les FAI ou opérateurs télécoms.
De la question de la télévision numérique terrestre (TNT) au Bénin
Depuis la recommandation de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) qui avait fixé pour mi-juin 2015 l’échéance de la migration de l’analogique vers le numérique, le Bénin avait déjà posé les premières bases légales depuis une loi votée en 2014. Le gouvernement actuel a entrepris et accéléré les travaux d’installation des infrastructures primaires, secondaires voire tertiaires. Pour ce qui est de la mise à disposition des services aux ménages à travers les décodeurs nécessaires pour la réception de la TNT; le gouvernement n’a guère le choix que de mettre la main à la poche pour commander ces boitiers et proposer des prix subventionnés afin que les populations puissent en bénéficier.
L’autre solution serait de réfléchir à un partenariat avec les fournisseurs de programmes TV privés présents actuellement sur le marché ou carrément d’associer les opérateurs télécom vers une progression de leurs offres et services incluant la télévision.
Par ailleurs, posons-nous réellement la question de connaitre le nombre de béninois qui manifestent un véritable engouement depuis un bon moment, pour les programmes et contenus audiovisuels de la bonne majorité de nos chaînes locales face à un géant comme « Canal+ » avec toute sa panoplie des programmes offerts ?
De la question de l’écosystème numérique et du e-commerce au Bénin
La condition sinequanone pour un développement des Start up numériques au Bénin est la mise à disposition accrue de l’internet haut et très haut débit précédemment développée.
Pour ce qui est du e-commerce, la garantie de la sécurité des transactions électroniques aux normes internationales demeure la principale source d’inquiétude des clients. Le Bénin doit œuvrer davantage pour disposer d’un bon arsenal juridico-technique dans ce sens.
D’un autre côté, pour une réflexion aboutie sur le e-commerce il est important de poser l’épineuse question de la distribution qui pourrait déboucher sur l’implication d’acteurs connexes privés ou publics comme la Poste du Bénin par exemple.
De la question de la digitalisation des services au Bénin
Des efforts ont été consentis par le gouvernement dans ce secteur, mais il y a des prérequis qui subsistent tels, la disponibilité de l’infrastructure (qualité de l’internet) et des services ainsi que la sécurité des données échangées, encore qu’il faille que l’internaute ait les moyens d’y accéder.
Le lancement à grand coup de communication du portail numérique des services publics fut hélas en dessous des espérances. Je croyais qu’on pouvait dorénavant recevoir depuis son canapé un certificat de nationalité par mail au Bénin? Hélas non pas encore. Mais ça viendra surement, du moins je l’espère. L’initiative a été victime de sa communication.
En résumé, on a l’impression que les projets dans le numérique au Bénin se conçoivent sans tenir compte des facteurs sociologiques et surtout économiques. Le prérequis majeur abordé au début de mes propos est la dépendance en énergie électrique. Aucune installation ou infrastructure numérique ne fonctionnera sans une pleine énergie continue ! Où en sommes-nous sur ce volet au Bénin?
Sans occulter les efforts à consentir sur tel ou tel secteur du numérique, le gouvernement devrait faire le choix d’un sujet majeur sur lequel se concentrer et y aboutir complètement, sujet, qui deviendrait le sujet numérique phare du gouvernement auquel on pourra l’associer.
Pour moi, le choix balancerait entre une couverture mobile en 2G/3G(+) comme détaillé plus haut, ou plus crucial à mes yeux, la mise à disposition de l’internet haut et très haut débit à minimum 50% de la population béninoise et ce à moindre coût.
Tout ceci passe par un environnement et un climat social qui favorisent les affaires, les investissements, la création de richesses, la génération de revenus afin qu’on puisse disposer d’une société béninoise qui consomme. Ce n’est hélas nullement le cas depuis quelques années où les investisseurs et les créateurs d’emplois ou de richesses étrangers ou nationaux soit, prennent leurs distances avec le Bénin ou pire sont écartés pour des raisons diverses réduisant drastiquement ainsi les chances des béninois d’avoir accès au plein emploi (non précaire) et donc d’avoir un pouvoir d’achat conséquent pour consommer ces services numériques. Ce manque de pouvoir d’achat s’observe également pour les Start Up. Tout ceci est bien dommageable !
Valérien YEHOUENOU,
Ingénieur en Télécommunications
Membre de l’USL Diaspora
